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Le jeu (vidéo) est-il un art ?

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Je dois vous avouer une chose. Si j’ai décidé d’écrire un article sur ce sujet, c’est avant tout en raison de sa popularité grandissante. Des bloggeurs (comme Usul ) au débat animé par Marcus sur la chaîne de télévision GameOne, cette interrogation se répand presque aussi vite qu’une vidéo virale sur internet.


Le jeu (vidéo) est-il un art ?

En ce qui me concerne, ma première réaction devant ce sujet fut une bordée de jurons. Le jeu est déjà si difficile à définir, y ajouter la notion d'art sur laquelle tant de grands esprits ont usé vainement leurs plumes me semblait soit d'une grande candeur, soit d'un masochisme auquel je n'adhère pas. Puis j’ai commencé à réfléchir. Ca m'arrive parfois. J'ai tout d'abord trouvé une réponse, toute bête, toute simple qui m'a amené sur la piste d'autres questions. Ce point de départ m’a finalement emmené plus loin que la question originelle le laissait présager.

Je cerne mieux aujourd’hui la raison de l'émulation que cette interrogation a initié dans le petit monde vidéoludique. La popularité de l’idée d’art dans le jeu n’a sans doute rien de fortuite.

Le jeu, oui, mais lequel ?

Je vous l'ai dit, dès le départ cette idée d’associer le jeu et l’art n'avait rien pour me plaire mais autre chose m'a fait tiquer. Pourquoi ce rapprochement devrait-il se limiter au seul jeu vidéo ? Si le jeu est un art, il ne peut l'être par son support. L’illustration, la vidéo ou la musique sont déjà reconnus comme art à part entière. Si vraiment nous voulons faire du jeu de l'art, il faudrait logiquement mettre en avant sa spécificité. Ses règles, son gameplay... Bref son système. Tout ce qui permet à un jeu d’engendrer une activité ludique source de plaisir. Un système ludique que l'on retrouve dans tous les types de jeu institutionnalisé, du jeu de plateau au jeu de rôle.

Je ne me fais pas d’illusions et je devine facilement les raisons de cette catégorisation. Lorsque l'on pense au jeu chacun voit midi à sa porte. Chaque joueur défend ce qu’il connait, ce qu’il pratique. D’ailleurs, en cherchant un peu, on se rend compte que les joueurs vidéoludiques ne sont pas les seuls à réfléchir à la question .

Le jeu, de l’art. Une fausse question

Beaucoup donc se demandent si leur passion n'aurait pas quelque chose à voir avec de l'art mais peu d'entre-eux se sont demandé ce que cache réellement ce mot. Ma réponse personnelle, je l'ai emprunté au père de l'anthropologie française, Marcel Mauss. L'illustre bonhomme définit une œuvre comme « un objet reconnu comme tel par un groupe ». Si la phrase n'est pas bien jolie, elle a le mérite de la simplicité. Est de l'art ce qui est considéré comme de l'art. Autrement dit, un objet d'art n'est pas artistique par nature, c'est une étiquette qu'on lui colle. Une manière de dire ''ceci est un produit culturel supérieur''. Placé ainsi en haut de la hiérarchie des artefacts, le jeu deviendrait à la fois une pratique reconnue et un objet de connaissance valorisée socialement. Adieu railleries sur les geeks asociaux et reportages télé sur le petit Kevin 12 ans qui ne fait que jouer (ce qui inquiète beaucoup sa maman). Bonjour deniers publics pour monter des expositions et reportages sur Kevin devenu l'un des plus grands game designer de sa génération.

L’art comme revendication

La question de l’art écartée, on pourrait s’arrêter là. Considérer finalement qu’il ne s’agit que des rêves utopiques de quelques joueurs passionnés en manque de reconnaissance. Pourtant, si la question de l’art a pour moi autant d’attrait que les tableaux “attrape-touristes” vendu aux pieds de la butte Montmartre, la reconnaissance culturelle du jeu éveille en moi un tout autre sentiment.

Si, dans mon esprit, j’accorde plus d’importance aux joueurs qu’aux jeux, j’avoue me passionner pour leur histoire, du tableau de Bruegel l’ancien (voir plus bas) à la biographie de Miyamoto*. Jouer est une activité humaine d’une richesse incroyable et j’avoue que l’idée de la voir valoriser ne me déplaît pas le moins du monde. Pas plus que de voir porter aux nues ceux qui ont su la magnifier par leur travail. Cette idée de valoriser cette activité et ses artisans est, à mon sens, une affirmation de notre génération. Libéré de certaines idées reçues, nous nous affirmons comme des homo ludens, des ‘’hommes joueurs”, pour reprendre l’expression de Johann Huizinga. Si je ne sais pas, comme cet auteur l’a écrit, si le jeu est à l’origine de la société, je pense que la société dans laquelle nous vivons accorde de plus en plus de place au jeu. Une sorte de revanche car le jeu n’a pas toujours été discrédité. Fort objet symbolique, les jeux ont été outils de divination, supports d’enseignement mystique ou martial, loisirs appréciés des plus nobles aux plus humbles avant d’être longtemps discrédités pour ses excès. L’aspect chronophage et pécunier de l’activité ludique sont des travers réels sur lesquels il faut rester vigilant mais ils ne doivent pas servir à stéréotyper cette activité.

Tableau de Bruguel l’ancien datant de 1560 sur lequel on peut apercevoir la pratique d’un très grand nombre de jeux de l’époque.

Déjà quelques victoires

Tout cela semble être sur la bonne voie. Grâce à des groupes très actifs comme l’association MO5 spécialisé dans le patrimoine vidéoludique, des expositions voient régulièrement le jour dans des lieux aussi prestigieux que le grand palais à Paris. Journalistes et scientifiques s’intéressent de plus en plus au monde ludique et leurs interventions sont de moins en moins négatives. Si cela reste encore difficile, il suffira d’attendre encore quelques années pour que le changement de génération se fasse parmis les instances dirigeantes.

Tout ça pour dire que si la question des jeux comme oeuvres d’art n’a pas beaucoup d’intérêt en tant que telle, la volonté de le valoriser est un témoignage d’une évolution sociale. Leur popularité n’a cessé de croître ces dernières années. Qui ignore encore comment s’appelle ce petit plombier bondissant en salopette rouge ? L’étape suivante passe nécessairement par une reconnaissance accrue de l’objet et de sa pratique.

Mais comme je le disais, je crains que certaines formes ludiques ne profitent pas de cette valorisation. Je ne m’inquiète pas tellement pour le jeu de société ou le jeu de rôle. Si cela reste des domaines un peu confidentiels, leurs auteurs bénéficient néanmoins d’une reconnaissance grandissante. C’est plutôt pour un domaine général que je m’inquiète. Celui de l’enfance.

Si l’adulte joue de plus en plus, l’enfant, lui, semble être le parent pauvre de cette génération ludique. Alors que l’offre pour l’adulte gagne en qualité et en reconnaissance, les objets ludiques proposés à nos petites têtes blondes sont de moins en moins divertissants et culturels pour devenir de plus en plus didactiques. Drôle de monde où, pendant que l’Homme joue, l’enfant travaille mais j’y reviendrai sans aucun doute dans un futur article.

*Le créateur, entre autres, de Zelda et de Super Mario.

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N'étant pas foutu de mettre en page correctement mon article sur ce forum, je vous propose a sa lecture en cliquant sur ce  lien .


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